En janvier 1991, Jacques Livchine et Hervée de Lafond, comédiens et metteurs en scène de la compagnie du Théâtre de l’Unité prennent la direction de la scène nationale de Montbéliard, alors baptisée “Centre d’Art et de Plaisanterie”. Ils mèneront 9 saisons consécutives d’une programmation diversifiée qui met l’accent sur la pluridisciplinarité mêlant humour et provocation, initiatives nouvelles et originales dans le souci de privilégier l’accueil chaleureux des artistes invités.
S’ensuivra une période de transition assurée par Patrick Ledoux, chargé de mission intérimaire, entre juillet et décembre 2000, avec une saison plutôt axée sur la musique.
En janvier 2001, Didier Levallet, l’actuel directeur, prend ses fonctions à la scène nationale qu’il rebaptise " l'allan".
J’ai choisi l‘allan. Pour nommer la renaissance de notre scène nationale, j’ai choisi la rivière qui irrigue le territoire, les courants qui s’y croisent, les rives d’où l’on s’interpelle et que des ponts relient, les reflets où passent furtivement nos vies...
Sans forcer, je pourrais sans doute multiplier les métaphores : le cours d’eau comme image symbolique de la vie artistique fécondant un territoire. Mais aussi le nom de cette rivière dit très exactement où nous sommes : sur ces berges-là, où la ville séculaire se mire dans les flots vifs, éternellement changeants. Et dans cette ville, j’imagine un échange incessant entre ceux qui la font vivre et des créateurs qui, par leur patient travail, parviennent à magnifier ces parts de nos êtres que nous croyons obscures, à les rendre intelligibles et lumineuses, afin de les partager avec tous.
Ce qu’on appelle « fréquentation culturelle » n’est donc pas un effort vers quelque chose qui nous serait extérieur, et volontiers hermétique, ou une attitude sociale réservée à une élite avertie. Le transport procuré par un spectacle, le saisissement ressenti au contact d’une esthétique singulière, nous en disent autant sur nos propres réalités qu’ils nous surprennent par la découverte des univers de leurs auteurs. Rire, colère, séduction, tension, le simple jeu ou l’introspection, le raffinement des sons comme le choc des couleurs et des formes, rien, dans ce que nous offre l’artiste, qui ne nous renvoie à la fois ailleurs et face à nous-mêmes, au cœur palpitant de notre aventure humaine commune. Et c’est sans doute pour cela que la vie est intéressante.
Didier Levallet Editorial de la brochure de saison 2001-2002 |